Qu'est-ce qu'un Flyer de Marabout ?
Voici quelques clés qui vous permettront de vous initier à ce monde merveilleux des Marabouts de Papier :
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Pour en savoir plus sur toutes les figures de style des flyers de marabouts...
1. Introduction
Les flyers de marabouts sont des petits bouts de papiers qui vantent les mérites de mages venus d'Afrique. Selon les villes, on trouve ces flyers directement dans sa boîte-aux-lettres, ou distribués à la main aux stations de métro, ou encore glissés derrière les essuie-glaces des voitures en stationnement.
Au premier regard, tous les flyers se ressemblent. On dirait, en les voyant, qu'aucun marabout ne cherche à faire d'effort pour distinguer sa communication publicitaire de celle de ses concurrents : toujours la même structure, toujours les mêmes phrases, la même mise-en-page, le même format...
Et pourtant, il n'y en a pas deux pareils, pour qui sait les observer !
Le prospectus de marabout obéit à des règles assez strictes et immuables. Mais comme toute règle, celles-ci sont faites pour être bafouées, et c'est pour notre plus grand plaisir que les marabouts savent parfois s'en affranchir, quitter timidement ou héroïquement les sentiers battus, et faire preuve d'audace, d'inventivité, de créativité.
Nous verrons dans cette rubrique quelles sont les grandes lignes qui définissent les flyers dans leur immense majorité. Vous garderez en tête que le monde foisonnant des flyers de marabouts saura toujours vous surprendre en défiant ces lois au détour d'un bout de papier.
2. La forme
Support, format, dimensions
Le flyer de marabout est petit : généralement une feuille A4 coupée en 8 morceaux, soit le format A7 en mode paysage. On en rencontre néanmoins de plus grands, généralement format A6 en mode portrait ou paysage, et rarement encore plus grand, au format A5.
Il existe également le format "à la lyonnaise", en mode paysage panoramique.
On trouve également quelques exemples de formats minuscule ou allongé façon bandelette, mais c'est absolument rarissime.
Voir la répartition des flyers par format.
Le papier est en général un papier offset / copieur standard (dans les 80-90 g/m²) – mais on en trouve parfois sur des supports beaucoup plus forts, voire sur papier glacé, ou de type "recyclé" à texture apparente.
Structure
Le flyer de marabout est très structuré. Voici ce qu'on y trouve, de haut en bas :
- Une phrase d'accroche en guise d'introduction, une devise maraboutique quelconque.
- Le nom (ou pseudonyme) de l'officiant, généralement de belle taille, et invariablement précédé d'un titre de politesse : Monsieur, Maître, Professeur (jamais "Docteur", cependant : le risque légal n'en vaut pas la chandelle ! et presque jamais "Madame", à de très rares exceptions près).
- Une baseline, qui vient compléter la présentation du marabout, ou servir d'introduction à l'argumentaire qui va suivre.
- Le corps de texte : un argumentaire plus ou moins détaillé des prestations proposées par le marabout. Nous verrons plus loin de quoi se compose cet argumentaire...
- Une conclusion, qui peut porter sur les garanties de résultat, ou servir d'incitation finale à aller consulter le marabout.
- Et enfin toutes les coordonnées et autres infos pratiques : elles se résument aujourd'hui souvent au numéro de téléphone portable, mais dans les temps héroïques, on trouvait aussi des adresses physiques, et même tout un tas d'instructions pour guider le client jusqu'au cabinet du marabout (indications de direction, étage, lignes de bus...) – toutes choses que les nouvelles technologies ont rendues caduques.
- Parfois s'ajoutent le nom de l'imprimeur, ou des mentions marginales du type "ne pas jeter sur la voie publique", des numéros de code mystérieux...
- Le flyer comporte aussi des éléments décoratifs, mais nous y reviendrons plus en détail lorsque nous aborderons la forme.
- Le flyer peut comporter une photo d'identité de l'officiant, voire de tout autre chose, parfois même d'objets impossibles à identifier. Mais la présence de photo reste assez rare.
C'est la structure que vous retrouverez en créant votre propre flyer à l'aide du PMG (Personal Marabout Generator).
Là encore, la structure peut varier, voire exploser totalement sur certains flyers, mais ces aventures expérimentales restent ponctuelles et marginales.
Impression
Le flyer est imprimé en une seule couleur, généralement le noir, et le papier est le plus souvent blanc, mais on trouve également des papiers et des encres de couleur, et même des combinaisons entre les papiers et encres de couleur (combinaisons pas toujours du meilleur effet...).
Il existe quelques exemples assez localisés de flyers imprimés en 2 couleurs.
Les flyers les plus luxueux peuvent même être imprimés en quadrichromie, voire avec des encres dorées ou des effets irisés, mais ceux-ci sont rarissimes et absolument remarquables : ils semblent nier l'essence même du flyer de marabout, son caractère cheap, populaire et passe-partout.
On trouve certains flyers imprimés sur imprimante jet d'encre personnelle ce qui, d'une part, ne fait pas très pro et qui, d'autre part, doit vite s'avérer ruineux (vu le prix des cartouches), lorsqu'on a 10.000 prospectus à distribuer dans tout Paris.
Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, il y a eu un courant d'impression sur papier bicolore : le recto est plus ou moins blanc, tandis que le verso présente une couleur unie.
Conception graphique
Le flyer est généralement d'un graphisme sobre, voire austère, faisant la part belle au contenu rédactionnel. Les marabouts ne sont pas des rigolos.
Pourtant, les technologies modernes devraient permettre aux marabouts de donner un sacré coup de jeune à leurs créations publicitaires. Même la généralisation des outils informatiques à partir des années 1990 semble n'avoir eu qu'un impact très limité sur les flyers de marabouts – ne parlons même pas de l'Intelligence Artificielle, qui relève pour l'instant de la science fiction dans le domaine qui nous intéresse.
Voyez par exemple à quoi pourraient ressembler les publicités marabouts s'ils utilisaient un outil de conception graphique online moderne. Mais non, rien de tout cela aujourd'hui, dans les vrais flyers de vrais marabouts distribués dans la vraie vie.
Le flyer est fréquemment agrémenté de symboles ésotériques – pas si ésotériques que ça tout de même, car provenant presque toujours de polices de symboles très communes en bureautique. Mais on suppose que les marabouts ont considéré que ces petits symboles possédaient une charge occulte intéressante à exploiter. Et puis surtout, les opérateurs de PAO chez leur prestataire d'impression n'avaient sans doute pas grand chose d'autre à proposer, en particulier dans les premiers temps de l'informatique, et ces symboles ont fini par s'imposer comme des incontournables, dans la durée.
Dans les temps pré-informatiques, la décoration, rustique, se faisait avec les moyens du bord : des grilles de petits points (évoquant des tablatures de guitare), des profusions de guillemets, des étoiles, des lignes...
À l'ère moderne, la décoration peut comporter (en dehors des fameux pictogrammes ésotériques) des cadres, des lignes, mais la principale nouveauté apportée par la composition informatique réside dans les cartouches en aplat avec le texte en réserve blanche. Pour dire les choses plus vulgairement : imaginez un rectangle rempli de la couleur de l'encre, tandis que le texte apparaît de la couleur du papier. Obtenir un tel effet avec les techniques rustiques d'avant l'ordinateur aurait représenté un effort et un coût hors de portée pour un marabout.
L'informatique permet également une plus grande variété typographique (parfois pour le meilleur, parfois pour le pire...). Là où, anciennement, le style du texte variait très peu sur tout le prospectus (minuscules / CAPITALES...), on peut maintenant faire varier très facilement la taille des caractères, leur graisse (plus ou moins fins ou épais), voire leur police. La sobriété est généralement de mise, mais on peut trouver des flyers qui abusent dramatiquement des variantes typographiques.
Sans tomber dans ces excès, on note que le nom et le numéro de téléphone du marabout bénéficient généralement d'une mise en valeur très soutenue (qui n'était guère possible dans les techniques d'impression traditionnelles).
Le nom du marabout est presque toujours écrit en lettres capitales, et en gros, en gras : un marabout est un personnage important, que diable !
Au fil des années, le numéro de téléphone a également pris une place prépondérante, pratiquement au même niveau que le nom du marabout (le nom en tête de flyer, le téléphone en pied). Il est vrai que la généralisation des portables a sans doute permis aux flyers de se débarrasser des coordonnées et infos pratiques parfois volumineuses. Cela libère un précieux espace pour le numéro de téléphone mobile, devenu un véritable cordon ombilical entre le marabout et son client.
Le prospectus est parfois agrémenté d'une photo d'identité du mage (très rare en province), généralement de très mauvaise qualité. Là encore, on note que la généralisation des smartphones faisant office d'appareil photo n'a pas entraîné une explosion du nombre de photos sur les flyers.
Façonnage, finition
Sauf contre-exemples, comme toujours, le flyer de marabout fait l'objet de prestations minimalistes : il est imprimé en un seul passage (par opposition à une impression quadri qui correspond à l'application de 4 encres différentes) puis massicoté. Pas de pliure, pas de reliure, pas de collage, pas de découpe fantaisiste, pas de vernis sélectif, pas de gaufrage... rien de tout ce qui pourrait en faire un objet d'exception (bien qu'il y en ait, des exceptions !).
Au-delà de ces considérations, on peut même noter que des flyers de très mauvaise facture sont parfois distribués sans vergogne : massicotage très hasardeux, encre baveuse, impression totalement foirée... Rien n'empêchera le marabout de remettre ses flyers aux prospects. Vous trouverez dans la galerie quelques exemples de flyers à la réalisation plus que douteuse qui ont néanmoins bravement atteint leur cible marketing.
Constance
Toutes ces règles sont faites pour être contournées : quelques marabouts plus audacieux que leurs confrères chercheront à remettre en cause l'ordre établi, parfois par petites touches (un nom en minuscules, ou au milieu du flyer plutôt qu'en tête...), parfois en renversant la table. Toutes ces exceptions qui confirment les règles feront le bonheur des collectionneurs avertis, et sont le sel de la magopinaciophilie.
3. Le contenu rédactionnel
La prose des marabouts présente des caractéristiques très particulières, qui suffisent à elles seules à les rendre remarquables et attachants.
Les phrases et les mots semblent souvent s'enchaîner sans véritables articulations syntaxiques ni logiques.
Les longues énumérations de promesses sont caractéristiques de ces défaillances sémantiques : le Marabout met sur un même plan les problèmes qu'il résoud et les bénéfices qu'il promet, ce qui finit par créer dans l'esprit du lecteur une certaine confusion. Certains de ces enchaînements malheureux finissent par se figer en une formule consacrée (qu'on retrouve telle quelle sur de nombreux flyers sans lien apparent), comme par ex. : "protection contre les dangers, mariage et mal de dos".
Le marabout parle généralement de lui-même indifféremment, d'une phrase sur l'autre, à la première ou à la troisième personne, comme une sorte de Chat de Schrödinger grammatical. De même, il s'adresse à son client en lui disant tantôt "tu", tantôt "vous" (parfois dans une même phrase).
Et c'est d'ailleurs cette absence d'articulation et de logique du texte qui rend si facile d'en simuler le résultat avec un générateur. Imaginez le bonheur, pour un développeur (d'avant l'IA), d'avoir à écrire un programme de génération de texte... Vous n'avez qu'à juxtaposer des mots tirés au hasard, comme ils viennent, sans vous soucier du sens produit, sans vous soucier des incohérences ni des confusions, et ce faisant, vous simulerez fidèlement un authentique rédactionnel de publicité maraboutique.
Sur le plan sémantique, on remarque vite certaines tournures récurrentes, qui ont sans doute fait leurs preuves auprès du public, et que chaque marabout adapte plus ou moins selon son style propre, parfois en y ajoutant ses propres fautes d'orthographe, parfois en en corrigeant d'autres. Ainsi, la fameuse phrase : "Si ton mari ou ta femme t'a quitté(e), tu viens ici, et il ou elle courra derrière toi comme un chien derrière son maître", dont il existe néanmoins une infinité de variantes.
On dirait que les marabouts hésitent à s'éloigner des phrases consacrées, de peur de leur faire perdre le pouvoir d'attirance quasi magique qu'elles exercent sur la clientèle potentielle. C'est ainsi qu'ils recyclent indéfiniment les mêmes tournures de phrases depuis des décennies... Là encore, il semble que l'IA n'ait pas encore convaincu les marabouts de passer à une prose plus flamboyante et personnalisée.
On trouve certains flyers (surtout anciens) dont le texte ne comporte aucune ponctuation, ce qui, bien sûr, ne facilite pas la compréhension de ces phrases faites de mots assemblés au petit bohneur. À l'ère pré-informatique, la ponctuation était en fait souvent utilisée exlusivement pour la décoration du flyer, et non pour structurer et fluidifier la syntaxe.
> Jouez avec les phrases des flyers de marabouts !
Pour en savoir plus sur toutes les figures de style des flyers de marabouts :
4. L'orthographe
Lorsque vous évoquez votre collection de cartes de marabouts devant vos amis, la première réflexion qui leur vient généralement est : "ah oui, les pubs de ces charlatans, en plus, c'est complètement bourré de fautes d'orthographe". Comme si les fautes d'orthographe constituaient la principale caractéristique de ces flyers !
Certes, on y trouve des fautes d'orthographe.
Par exemple, "hazard, espris, partnaire, copin, croir"... Ça peut arriver à tout le monde.
Ensuite, il y a les fautes de frappe : "engfants, breuf, aussie"... Pardonnables – même si, bien sûr, on a tendance à se dire que quelqu'un aurait pu relire avant de lancer le tirage des 10.000 exemplaires.
Enfin, il y a les mots devenus quasiment méconnaissables, comme "intestable, infaible, desevdant, fondataire" (incontestable, infaillible, descendant, fondateur)... voire, dans certains cas, totalement impossibles à identifier (rarissimes, il est vrai).
En réalité, c'est là un mauvais procès qu'on fait aux marabouts : les phrases qu'ils utilisent dans leurs publicités sont tellement éprouvées, recopiées, plagiées, éculées, que presque toutes les fautes en ont été éliminées !
Il ne faut pas perdre de vue non plus que les flyers des marabouts sortent des ateliers d'imprimeurs professionnels. Ces derniers, même s'ils n'accordent sans doute pas un soin excessif à la réalisation de ces supports bas-de-gamme, ont tout de même un réflexe conditionné (et aujourd'hui des logiciels) de correction orthographique.
En vérité, je vous le dis, il y a certainement moins de fautes dans une carte de marabout que dans les textos d'un français moyen qui vient d'avoir son baccalauréat. Bon évidemment, ça peut dépendre du flyer (et du bachelier)...
Les internautes utilisant le PMG (générateur de flyers de marabouts) se plaignent parfois de ce que les phrases générées ne contiennent pas assez de fautes pour être réalistes. Or, les phrases qui alimentent le PMG sont issues, telles quelles, d'authentiques flyers de vrais marabouts. Rien n'y a été corrigé ! Cela montre bien à quel point la qualité orthographique des flyers est sous-estimée arbitrairement et injustement par l'ensemble de la population. On est face à un très humain biais de confirmation : chaque faute d'orthographe nous ravit et se grave instantanément dans notre mémoire, tandis que les phrases à l'orthographe correcte nous laissent indifférents et sont aussitôt oubliées.
Néanmoins, sur cette question de l'orthographe des flyers de marabouts, je vous invite à découvrir le témoignage éloquent de cet internaute.
5. L'argumentaire
L'argumentaire est fondé sur une rhétorique basique, mais sans doute efficace. "Rapidité, efficacité, satisfaction" sont les maîtres-mots.
Sur le fond, les promesses sont ambitieuses, pour ne pas dire prétentieuses : le marabout prétend résoudre toutes sortes de problèmes de la vie humaine, qu'ils soient d'ordre professionnel, familial, sentimental, médical...
Sur le plan médical, le marabout reste généralement dans le flou quant aux pathologies qu'il pourrait soigner (flou qui se résume parfois à "toutes les maladies", ou aux "maladies inconnues"), et ne se présente jamais en tant que "Docteur" (uniquement "Maître", "Professeur", "Monsieur"), car on se doute que ce titre usurpé lui apporterait quelques problèmes judiciaires...
Il arrive cependant à certains marabouts de préciser telle ou telle pathologie, et c'est souvent assez... inattendu (hémorroïdes, pipi au lit, chute des cheveux, entorse, ophtamologie...).
Néanmoins, le coeur de métier du marabout (ou devrait-on dire son produit d'appel ?), c'est le domaine sentimental, et en particulier, le retour de l'être aimé. Sous une forme ou une autre, le marabout vous promet soit de trouver l'âme soeur, soit, si vous l'aviez trouvée et qu'elle vous a échappé, de la faire revenir ("comme un chien derrière son maître").
Du sentiment au sexe, il n'y a qu'un pas, que le marabout n'hésite pas à franchir : des "examens du sexe pour avoir de la force en amour" au traitement de l'impuissance ou de la frigidité, en passant par celui de la stérilité, aucun domaine de l'amour ne semble résister aux puissants pouvoirs du marabouts.
Même les marabouts se revendiquant "spécialistes" invoquent des compétences dans de très nombreux et vastes domaines : le couple et les affaires, bien sûr, mais aussi l'impuissance, le permis de conduire et autres examens, les dangers non déterminés, les mauvais sorts en tous genres, les problèmes de poids, le mal de dos, les maladies (même "inconnues" !), la chance aux jeux, la reconnaissance sociale, etc. Des disciplines comme "musique" ou "foot" sont aussi parfois mentionnées, ce qui ne manque pas de surprendre...
Le marabout certifie l'authenticité de ses pouvoirs surnaturels par des références à son hérédité, sa provenance culturelle et géographique (l'Afrique), sa célébrité mondiale (contredite par un mode de promotion aussi cheap). Son honnêteté est garantie par le "paiement après résultats", "après satisfaction". La réussite, les résultats, sont toujours "garantis à 100%", et dans un délai qui va de zéro à quelques jours tout au plus.
Le marabout ne dénigre jamais directement ses confrères, mais n'hésite pas à se mettre en avant par une forme de publicité comparative ou superlative : il est meilleur que ses confrères, il est même LE meilleur. "Il réussit là où les autres ont échoué" : la formule n'est pas entièrement dénuée de sens, sauf lorsqu'elle est employée par TOUS les marabouts... Le marabout précise souvent que l'honnêteté est la base de son travail, laissant entendre par là que cette qualité n'est pas partagée par toute la profession...
6. Le nom du marabout
Le nom du marabout constitue l'élément principal de la publicité (bien que le numéro de téléphone tienne désormais une place de choix sur le flyer). Il est écrit en gros, en gras, voire en négatif, et toujours en capitales. C'est presque toujours un nom exotique et pittoresque qui nous évoque l'Afrique et ses sorciers, mais parfois aussi un nom banalement français - ou plutôt, dans ce cas, un prénom.
Parfois, le nom de marabout suscite une irrésistible envie de faire un jeu de mots. Est-ce que les tarifs de Monsieur BOUYA baissent ? Monsieur CHERIF me permettra-t-il de trouver enfin ma bonne étoile ? Faut-il vraiment porter des bas pour aller consulter chez Monsieur FODEBA ? L'opposition Magie Blanche / Magie Noire, n'est-ce pas un FODEBA ? Maître BALOU ne serait-il pas un peu ours ? Quand on l'appelle au téléphone, est-ce que le Professeur DIALLO ? Monsieur KOLABOUI n'aurait-il pas un lointain cousin du nom de KOLABOUA ? ADAMA, est-ce que c'est la soeur cachée d'Adamo ?
Jouez avec les noms des marabouts en remplissant des phrases à trous.
Un même marabout (même photo, mêmes coordonnées...) peut se présenter sous des noms tout-à-fait variables, ce qui laisse deviner que le nom serait plus un pseudonyme qu'un véritable patronyme. (voir le cas de M. LAYE)
Sauf cas très rares, le nom du marabout est toujours précédé d'un titre : Professeur, Monsieur... le marabout est quelqu'un de respectable, qui prétend parfois être à la tête d'un véritable "cabinet".
> Jouez avec les noms des marabouts
7. Coordonnées & infos pratiques
Pas de boîte postale ou de rendez-vous nocturne : les marabouts ont pignon sur rue. Ils donnent leur nom, leur adresse, leur numéro de téléphone, et par commodité, la station de métro ou l'arrêt de bus le plus proche (il est vrai que certains clients consultent en vue de l'obtention du permis de conduire !).
Preuve que les marabouts ne sont pas si technophobes que cela (contrairement à ce qu'on pourrait penser en voyant leurs prospectus cheap au possible) : ils ont très largement adopté le mobile, si l'on en croit les numéros en 06 et 07, au point de supplanter complètement les numéros de téléphone fixe.
La généralisation du mobile a également entraîné la quasi-disparition sur les flyers des indications de trajet, que donnait anciennement le marabout pour guider le client jusqu'à son domicile, véritablement jusqu'à sa porte, dans les méandres des immeubles et grands ensembles de banlieue. Désormais, le client perdu peut simplement appeler la marabout, qui le guidera vocalement. On se doute également que le client peut plus facilement s'orienter tout seul désormais avec l'aide des nouvelles technologies (GPS, cartographie embarquée...).
Cela évite également au marabout d'avoir à diffuser son adresse et son digicode de façon massive, à la cantonnade.
Nouvelles technologies obligent, on note quelques rares cas de marabouts qui indiquent l'adresse de leur site web, mais cela reste très marginal : l'arrivée du World Wide Web n'a pas vraiment bouleversé les marabouts, qui sont restés attachés au bon vieux téléphone.
Lorsqu'une adresse web est mentionnée, elle est souvent obsolète assez rapidement : on n'a pas affaire à des sites pérennes, développés et étoffés dans la durée. On est plutôt sur un concept de site web jetable – un peu au même titre que les fameux prospectus.
Cependant, lorsqu'un marabout possède un site web, cette plateforme technique lui offre des possibilités d'expression bien plus ouvertes que le flyer, dont le format réduit laisse peu de place aux bavardages. Lorsqu'un marabout-webmaster se sent en verve, on peut alors assister à un déluge incontrôlable d'informations ésotériques et occultes.
Voir par exemple l'étude approfondie du site web d'un marabout qui détaille un grand nombre de sortilèges.
Quant aux horaires de consultation, ils peuvent aller jusqu'à 7h-23h non stop, parfois même le week-end. De vrais bourreaux de travail ! La palme de la disponibilité revient néanmoins à Maître MAMADOU, qui officie à Lyon 6ème, et "reçoit tous les jours 24h/24" ! Une sorte de SAMU maraboutique.
Le coût de la consultation n'est lui quasiment jamais indiqué.
8. Masculin / Féminin
Le marabout prend toujours le plus grand soin, dans son argumentaire, de s'adresser à une clientèle féminine autant que masculine, d'où une profusion de "(e)" en fin de participes passés. Exemple : "Si ton mari (ou ta femme) t'a quitté(e)", etc. On peut s'étonner que le marabout s'embarrasse de tant de finesse grammaticale (allant parfois jusqu'à s'emmêler dans les parenthèses), alors même qu'il montre si peu de rigueur dans la construction de sa prose. C'est sans doute simplement par galanterie, mais aussi pour bien se garantir une clientèle des deux sexes.
Bref, le flyer de marabout, c'est l'écriture inclusive avant l'heure. Et après l'heure aussi, d'ailleurs, car les marabouts sont restés sur les parenthèses, sans adopter le point médian qui est désormais recommandé pour cet usage. Mais je vous le demande, qui sait comment aller chercher un point médian avec son clavier d'ordinateur ?
Rien à faire, le Maraboutisme reste un monde irrévocablement masculin : pas d'inclusivité, pas de quotas de genres, pas de #metoo. Les flyers au féminin se comptent sur les doigts de la main d'un tyrannosaure.
Voir à ce sujet : la Masculinité Hégémonique.
9. Flyer, prospectus, carte, tract... ?
Finalement, ces fameux bouts de papier, comment doit-on les appeler ? Des "flyers", des "cartes", des "tracts" de marabouts ? Avant que les plus hautes instances linguistiques francophones ne tranchent le débat, tentons de le faire avancer.
En bon français, c'est le mot "carte" qui s'impose. Néanmoins, le mot "carte" évoquant la traditionnelle "carte de visite" occidentale, on conviendra que les papiers des marabouts s'en distinguent à bien des égards.
Tout d'abord, sur le plan qualitatif : le support chez les marabouts n'est pas à proprement parler une "carte" (support plutôt épais, rigide), mais bien du papier machine standard (à quelques exceptions près), léger et souple.
Ensuite, la carte de visite traditionnelle fournit des informations d'ordre purement administratif : nom et prénom, société, coordonnées. Les papiers des marabouts vont bien au-delà, puisqu'ils argumentent, ils accrochent, ils vendent, et se rapprochent en cela bien plus du flyer ou du prospectus.
Enfin, une carte de visite se range proprement dans un calepin, tandis que la pub de marabout subit généralement le même sort que le flyer, le tract ou le prospectus (on y accorde quelques secondes de distraite attention, et hop, direction la poubelle). Et puis on a rarement vu qui que ce soit distribuer ses cartes de visite dans la rue ou dans les boîtes-aux-lettres !
Pourquoi ne pas parler de "tract" de marabout, alors ? Parce que le tract fait généralement référence à une diffusion d'opinions, d'argumentaires socio-idéologiques ou autres. Le marabout, lui, ne prêche que pour sa paroisse, et en vue de se constituer une clientèle.
C'est pourquoi la pub de marabout se rapproche assez du prospectus publicitaire qu'on trouve dans les boîtes-aux-lettres, même si ceux-ci sont souvent beaucoup plus élaborés (dépliants, quadri, etc.)
Par "flyer", on désigne habituellement les imprimés faisant la promotion de soirées, concerts ou événements particuliers. Le flyer présente de nombreuses similitudes avec les papiers des marabouts : son format réduit (mais néanmoins supérieur à celui d'une carte de visite), son mode de distribution, etc. C'est par définition une feuille "volante", distribuée au plus grand nombre, comme le tract ou le prospectus. Il est vrai que le flyer, depuis l'avénement des soirées techno, fait l'objet d'un réalisation graphique particulièrement poussée, toujours renouvelée et en quête d'originalité (ce qui n'est pas vraiment le cas chez les marabouts), mais lorsqu'on remonte aux racines underground du flyer, on trouve là aussi des petits bouts de papier photocopiés en noir et blanc.
Voici un tableau synthétique des similitudes entre les publicités de marabouts et les autres médias comparables.
| Critère | Carte de visite |
Flyer événementiel |
Tract politique |
Prospectus publicitaire |
| Support | x | x | x | |
| Format | x | |||
| Informations nominatives | x | x | ||
| Argumentaire | x | x | ||
| Sobriété graphique | x | x | ||
| Mode de diffusion | x | x | x | |
| Destination finale | x | x | x |
Lire : "Sur le plan de tel critère, le papier de marabout est comparable à tel média".
En conclusion, il ressort que la publicité de marabout est un média bien à part, qui ne ressemble à aucun autre à 100%. Le terme de "flyer" est le plus souvent utilisé sur le site, car il est bref et somme toute plus valorisant que celui de "tract" ou "prospectus" : les flyers (au sens événementiel) sont devenus très tendance, toujours à l'avant-garde du design ; des ouvrages ou des sites leurs sont consacrés, et il est de bon ton de les collectionner. Certes, ceux des marabouts ne sont pas (encore) à l'avant-garde du design, mais les collectionner relève d'une hype encore plus pointue.
La question du nom du support renvoie aussi à la question du nom de la collection et des collectionneurs...