L'Indécision de Politesse, le Trouble de l’Identité Individuelle

La langue française est compliquée. Pourquoi s'adresser à certaines personnes avec le pronom "vous", et à d'autres avec le pronom "tu" ? Quel français serait capable de donner la règle absolue qui permet de décider du pronom approprié ?

Le marabout, par flyer interposé, s'adresse directement à son client potentiel. Il l'interpelle, il l'invective. Comment s'adresser à lui ? Plutôt "vous" ou plutôt "tu" ? Tantôt "vous", tantôt "tu", tantôt "votre", tantôt "ton". Parfois, au sein de la même phrase. Comme si le marabout hésitait entre le respect dû au client, et la sympathie cordiale et fraternelle qu'il lui inspire.

Voir l'exemple de M. BAFODE .

Vous aide à résoudre vos problèmes (...) Le seul qui vous fait des consultations approfondies et précises. (...) Si ton mari ou ta femme est parti(e), tu viens me voir et tu le (la) retrouvera dans la même semaine. (...) Si tu as déjà été déçu par un autre médium, tu viens voir Mr BAFODE et tu va rigoler. VENEZ LA CHANCE VOUS SOURIRA.

Dans un registre un peu différent, évoquons maintenant ces marabouts qui parlent d'eux-mêmes tantôt à la première personne du singulier ("je"), tantôt à la troisième ("il").

"Le Magnétiseur Guérisseur résout tous vos problèmes (...) Grâce à mon pouvoir spirituel et ancestral, je suis capable de résoudre tous vos problèmes (...) je peux prédire votre avenir sans difficulté."

Professeur DOADIABY

"Si vous voulez vous faire aimer ou si votre ami(e) vous a quitté(e), je peux le ou la faire revenir dans les 3 jours. Est réputé pour trouver une solution à tous vos problèmes (...) N'hésitez pas à me contacter, réussit là où les autres ont échoués."

Professeur MAROUF

Ce flou grammatical nous amène parfois à croire que le marabout lui-même souffre d'une sorte de Trouble de l’Identité Individuelle : il ne sait plus vraiment qui il est, il ne sait plus s'il est marabout ou client de marabout, ou même flyer de marabout...

Jugez plutôt :

"Il courra derriere vous comme le chien derriere son maître et il créera entre vous une entente parfaite"

"venez le voir c'est son domaine, vous saurez aimé votre partenaire, il créera entre vous une entente parfaite sur la base de l'amour. Il courra derrière vous comme un chien derrière son maitre. Il peut également vous aider dans vos examens, maladies, emplois, protections"

Collectif

"Il" semble bien désigner tantôt le conjoint perdu, tantôt le marabout. Mais on pourrait tout aussi bien dire qu'"il" fait référence à une seule et même personne, donc que le marabout lui-même courra derrière son client.

Parfois, ce n'est pas l'usage inconsidéré du pronom "il" qui crée la confusion, mais simplement la construction de la phrase. Voyez plutôt :

"Votre mari ou votre femme vous a quitté, il ou elle courra derrière vous comme un chien derrière son maître grâce à son don surnaturel."

Collectif

La confusion est totale : est-ce que c'est le marabout qui courra derrière son client comme un chien ? ou est-ce le mari ou la femme qui a un don surnaturel lui permettant de courir comme un chien ?

"Spécialiste du retour de l'être aimé en 72 h, de la puissance sexuelle, il ou elle courra derrière vous comme un chien derrière son maître"

Collectif

Désolé, messieurs les marabouts, mais dans de tels cas, la complexité de la langue française n'est plus en cause : à vous d'être un peu plus attentifs à ce que vous écrivez, que diable !

Bref, au final, il y a fort à parier que ce sera le client qui courra derrière le Maître Marabout comme un chien (enragé), pour exiger le remboursement des sommes versées alors qu'aucune des promesses ne s'est réalisée...

Sur certains flyers, même le pronom personnel "je" semble ambigu, contre toute attente : "je", pensez-vous, est forcément le marabout qui s'exprime sur le flyer, non ? Eh bien, pas si sûr... Voyez plutôt :

"SURTOUT NE ME JETEZ PAS, JE PEUX VOUS SERVIR UN JOUR OÙ VOUS N'AVEZ PLUS D'ESPOIR (...) Je vous demande de contacter Professeur KETA. J'ai déjà parcouru le monde entier pour faire des recherches."

Professeur KÉTA

"NE ME JETEZ PAS" : "ME" semble désigner le flyer (à moins que... ça existe, les gens qui jettent des marabouts ?!).

"JE PEUX VOUS SERVIR UN JOUR" : "JE" semble désigner le marabout, ou peut-être le flyer ? Le marabout et son flyer ne feraient-ils qu'un ? Un rare cas de symbiose publicitaire ?

"Je vous demande de contacter Professeur KETA." : "Je" fait obligatoirement référence à une tierce personne, vous ne pensez pas ?

"J'ai déjà parcouru le monde entier pour faire des recherches." : Pour une fois, "J[e]" fait bien référence au marabout.

"Gardez moi, je pourrai régler vos problèmes un jour"

Professeur LAMINE

Faut-il garder le marabout ? Ou le flyer ? Le flyer pourrait-il régler nos problèmes un jour, vraiment ?